Écrire des cartes de remerciement aux gens qui ont envoyé leurs condoléances, c’est un paradoxe : c’est à la fois une corvée (à cause du nombre) et une façon de rester encore en contact avec maman à travers les paroles de ceux qui l’ont connue. L’empreinte qu’a laissée maman chez tous ces gens est émouvante, c’est aussi pour moi une exploration, car il n’y a pas que des choses connues. Dans toutes ces messages reçus, certains termes reviennent plus souvent : énergie, engagement, enthousiasme, générosité, courage, ouverture, modestie. Je suis particulièrement impressionnée par les témoignages des personnes de ma génération. Laetitia la trouve intimidante, je n’en reviens pas. Élise dit qu’elle l’a accueillie sans jugement et fait grandir. Dulce (mon amie) et Frédérique (sa nièce), très différemment, expriment qu’elle a joué un rôle décisif dans leur vie, à l’adolescence. J’avais presque oublié cet épisode, Frédérique habitant chez nous avec sa chienne alors qu’elle était en rupture avec ses parents et avec l’école. Nous n’avons pas gardé beaucoup de liens avec elle, et je sais que maman en souffrait. Je n’imaginais pas la trace qui en restait chez ma cousine.