Mercredi 22 avril 2026 Épilogue

Belle lumière en ce moment. François m’a fait remarquer que c’était la même dans la période où maman est partie. C’est vrai, et mille indices, dans la transformation de la nature, nous ramènent comme chaque année à ce mois d’avril 2021. La glycine, qu’admiraient les soignants qui venaient chaque jour, n’est que le plus évident. La lumière aussi, oui. Cette aube magnifique et irréelle du matin de son départ. Je me vois encore dans le jardin, je sais précisément où, pas très loin de la tombe de Tums. Depuis, la tombe de Mouillette s’est ajoutée, et elle a même eu le temps de disparaître, les fleurs n’ont tenu que deux ans, je crois.

Avant-hier, je me suis réveillée à six heures. J’en ai profité pour faire cuire des pois chiches pour ma randonnée, et plutôt que me recoucher, je me suis installée sur le canapé du salon, avec Tuline. C’était magnifique : l’arrivée du jour, qui a insensiblement mais totalement envahi la pièce, et le concert des oiseaux en crescendo – sans l’avoir anticipé, je me suis sentie transportée comme on peut l’être par une musique. Tant de force, tant de vie ! Et moi, si peu de chose, emportée, dépassée par cette puissance. Si j’avais des tendances mystiques, si je croyais à la transcendance, je pourrais y voir une manifestation du divin. Il me suffit que ce soit la force de la nature. Maman et moi, nous en faisons partie, et Tuline aussi, témoin de ses petits matins et des miens.

Elle est toujours dans mes pensées, dans mes rêves, dans ma vie. Dans les personnes qui au hasard d’une rencontre me parlent d’elle les larmes aux yeux. Dans des paroles qui m’invitaient récemment à la tolérance envers moi-même, et c’est moi qui ai eu les larmes aux yeux en entendant ma mère me parler à travers elles – je la revois dire à l’une de mes sœurs énervée contre quelqu’un : « s’il agit de cette façon, c’est qu’il ne peut pas faire autrement ». Sa foi en chaque être humain, son amour de la vie m’accompagnent. Et je la sens particulièrement présente quand je suis heureuse.

Tant de choses se sont passées en cinq ans. Le temps m’éloigne d’elle, et tous les événements qu’elle n’aura pas connus, mais mon chemin me rapproche d’elle. Je découvre chaque jour un peu plus le miracle de la vie, qui m’est resté fermé si longtemps. Mon plus grand regret est de ne pas pouvoir en parler avec elle, lui dire : regarde ce que je deviens ! Mais je sais bien que mon évolution n’aurait pas été la même si elle avait été là plus longtemps. Je ne saurai jamais ce qu’elle aurait été.

Aujourd’hui, pour les cinq ans de sa disparition, je publie en ligne ce texte mêlant son histoire et la mienne. Je l’envoie dans les nuages, comme un ballon qu’on lâche sans savoir où le vent va le porter.