Flavie nous avait invités à midi, François et moi, pour fêter mon anniversaire (j’aurai 50 ans demain). C’est très étrange de ne rien avoir de maman ; pas tant ses cadeaux que ses attentions, le petit quelque chose le matin sur la table du petit-déjeuner, la carte qu’elle m’écrivait sans faute, toujours personnelle, jamais conventionnelle. Cinquante ans, cela fait l’effet d’une division implacable, un avant et un après. Presque cinquante ans avec elle, et maintenant les années sans elle. Vendredi, à l’entrée du petit bois d’où je revenais, j’ai vu une femme qui ressemblait à maman : même allure, mêmes cheveux, même anorak. Évidemment, le visage ne correspondait pas. J’ai su en même temps que ce n’était pas elle et que c’était elle – sortie du passé, de l’époque où elle marchait encore d’une allure décidée, cela fait combien de temps ?
