Samedi dernier, il y avait Boris Godounov sur Mezzo. Une production classique du Bolchoï, que j’ai regardée avec plaisir, cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté cet opéra. De façon inattendue, j’ai été bouleversée par la mort de Boris, et surtout par le petit tsarévitch. Rôle secondaire, il n’a qu’une phrase dans cette scène, mais il avait l’air ici terriblement juste, désemparé, avec des gestes maladroits pour aider son père ; bientôt seul, enfant héritier du trône dans un environnement hostile. C’est comme si l’expérience que j’ai vécue m’avait donné accès à un aspect de l’œuvre que je ne voyais pas avant. J’ai été sensible aussi à la phrase de Boris, « не за себя молю », ce n’est pas pour moi que je prie. Je crois que je la considérais jusqu’à maintenant comme une facilité, une attitude conventionnelle, le coupable se rachète au moment de mourir en donnant plus de prix à ses enfants qu’à lui-même. Mais ce soir-là elle a résonné avec les notes de maman : peu avant sa mort, elle pensait à nous. Face à cet événement terrifiant, et tellement personnel, penser à ses enfants paraît incroyable, et pourtant cela existe. Cette fois, je crois que c’est l’œuvre qui m’apprend à regarder la vie. Une ex-collègue m’a écrit, peu de temps après la mort de maman : quand on perd son père ou sa mère, on a beau être adulte et autonome (j’ai 49 ans), on a toujours cinq ans. La version optimiste, c’est que lorsqu’on se retrouve petit enfant sans soutien, on est amené à grandir – forcé de grandir. C’est possible, mais ce n’est pas gagné d’avance. Le petit prince qui se retrouve orphelin, avec des responsabilités écrasantes, peut mûrir rapidement ou succomber. Dans la réalité historique, Fiodor, le fils de Boris, n’a pas survécu. Et moi, j’en suis où ?
