Je n’ai jamais beaucoup aimé parler. Je préfère l’écrit, de loin. C’est certainement dans ma nature, mais peut-être cette tendance a-t-elle été confortée par le fait d’avoir une mère très sociable, qui passait beaucoup de temps dans l’échange (ses coups de fils interminables, ses rentrées tardives parce qu’elle avait discuté à la sortie de la messe ou à l’issue d’une réunion !) – je lui laissais le champ, je n’avais pas besoin de faire des efforts. Maman souffrait profondément du manque de communication lorsqu’elle le rencontrait. Je sais que ses reproches concernaient au premier chef son mari (son infidélité, sa double vie, ses mensonges), sa belle-famille, parce que leur silence était un moyen de taire les problèmes, et son frère, qui était trop loin d’elle. Mais elle a dû souffrir de mon silence aussi, de mon peu d’aptitude à communiquer. Ce n’était de ma part ni lâcheté, ni indifférence. Mais je n’ai pas pu faire mieux. De mon côté, j’étais parfois fatiguée de sa tendance à parler beaucoup, à répéter les choses. Nous nous sommes adaptées l’une à l’autre au fil du temps, mais il restait une part d’insatisfaction. Nous n’avons pas pu faire mieux. Nous n’aurions pas pu faire mieux.
