J’ai reçu beaucoup d’amour de ma mère, mais peu de gestes d’affection. Son amour ne s’exprimait pas avec le corps. Je ne lui ai jamais vu de geste tendre ni avec sa mère, ni avec son mari ou plus tard avec les deux autres hommes qui ont partagé sa vie, ni avec nous, ses enfants. Je ne me rappelle aucun câlin lorsque j’étais petite – à vrai dire je n’aimais pas les câlins, mais était-ce la cause ou la conséquence ? Maman m’embrassait seulement, au moment de se quitter, le soir pour s’endormir, ou pour apaiser un petit bobo. Toutes les personnes qui me connaissent ont été surprises que je m’intéresse au massage thaï. Elles savent qu’il faut éviter avec moi la bise, les embrassades, les attouchements de toute sorte. J’ai commencé à découvrir le toucher à travers différentes pratiques corporelles, à partir de 43 ans. Un apprentissage, presque une rééducation ; je ne serai jamais davantage qu’une invitée dans ce domaine. J’ai appris à prendre quelqu’un dans mes bras, lorsque je le sens seulement ; et même si c’est rare, c’est précieux. Je ne crois pas que cela me soit jamais arrivé avec des personnes de ma famille. J’ai abordé ce sujet avec ma mère, les dernières années. Elle pense n’avoir pas reçu elle-même ces gestes de sa mère, qui ne les avait pas connus enfant, puisqu’elle avait perdu sa propre mère très jeune et avait été assez vite envoyée en pension. Je suis tellement étonnée de découvrir aujourd’hui qu’elle aimait caresser la pierre, ou poser sa tête contre l’épaule d’un garçon ! Cela ne nous rapproche pas pour autant. Ces sensations ne sont pas celles que j’ai pu développer, et de son côté, elle n’a pas été très réceptive à ce que j’ai tenté de lui transmettre – le Qi Gong, le massage thaï. Nous ne nous sommes pas rencontrées sur ce terrain. Jusqu’à la fin, je n’ai pas aimé qu’elle m’embrasse, et la seule fois où elle m’a prise dans ses bras, c’était deux jours avant sa mort, quand elle ne pouvait plus parler et n’avait plus que ce moyen pour dire son affection.