Me voici dans une nouvelle année que maman ne connaîtra pas. La remarque est stupide, évidemment : il y a déjà bien des jours et des mois que j’ai vécus et pas elle. Parmi les photos sur le tableau de la cuisine, il y en a une de 2013 qui montre Tuline sur une fenêtre à Ramble. La chatte est couchée sur le côté, les quatre pattes levées, prête à saisir la main qui joue avec elle. Maman est hors du cadre, on ne voit que sa main. Cette photo est là depuis longtemps, mais depuis quelque temps, elle attire mon regard chaque fois que je suis dans la pièce : cette main me semble provenir de l’au-delà. Je ne crois pas à la vie après la mort, mais ce n’est pas nécessaire. Elle me fait un petit coucou, à moi, à ceux qui sont capables de le voir ; en jouant avec une toute jeune Tuline, elle semble dire : tout n’est pas si grave.