Marie m’a appelée hier soir. À ma demande, elle m’a fait cadeau de trois souvenirs concernant maman. Pas de révélations extraordinaires, mais quelques touches de plus dans l’image que je me suis fait d’elle. Le premier souvenir, c’est à Ramble, dans notre maison de famille en Haute-Savoie, la maison où ma mère et sa famille venaient en été. Marie avait environ 17 ans, et donc maman 10. Elles avaient passé la nuit dans la même chambre, mais très peu dormi : toutes excitées, à la fois de se retrouver (la petite cousine d’Algérie qu’on ne voyait pas souvent) et d’avoir bu du café chez toutes les personnes à qui elles avaient rendu visite dans la journée, elles avaient passé la nuit à bavarder et s’étaient fait réprimander par papy. Une petite fille qui aimait veiller, qui appréciait la présence de sa cousine, et qui bravait l’autorité parentale – oui, cela correspond bien à l’idée que je me suis faite d’elle. Son deuxième souvenir, c’est maman toute petite, cinq ans peut-être. Monseigneur Duval, évêque de Constantine originaire de Chênex en Haute-Savoie (où habite Marie), était de passage dans sa famille. Comme mes grands-parents le connaissait, il était question d’aller lui rendre visite, et la petite Claude disait qu’elle lui chanterait toutes ses chansons. Je retrouve bien la petite fille sûre d’elle-même, pas du tout timide. Mais cela me touche particulièrement qu’elle ait été prête à chanter devant tout le monde. Époque unique de la petite enfance où l’on ne se demande pas si on sait faire les choses suffisamment bien pour les faire et les montrer ; où maman, qui aurait tant voulu chanter (ou avoir une fille chanteuse, comme elle me l’a dit une fois) ne s’était pas encore classée parmi « ceux qui ne savent pas ». Marie m’a aussi parlé de la période parisienne de mes parents ; il se trouve qu’elle était aussi à Paris, pour deux ans, déjà dans les ordres. Ils se voyaient souvent. Un élément de plus dans le paysage de cette période, entre le disque de stationnement et l’Officiel de la mode.