Les premières années de leur mariage (de 1967 à 1975 environ), mes parents logeaient dans un petit appartement boulevard St Germain à Paris. Ma mère en avait gardé le souvenir d’une vie compliquée – Ce n’était vraiment pas pratique avec la poussette !, avait-elle dit un jour. Pour garer la voiture (cela, je l’ai appris dans les lettres de mon père), ils n’avaient que des places à durée de stationnement limitée, ce qui les obligeait à descendre régulièrement pour changer le disque. Ils n’avaient pas beaucoup d’argent ; je crois bien qu’au début, 23 ans tous les deux, ils étaient encore étudiants. Je découvre maintenant qu’ils étaient abonnés à l’Officiel de la mode ! Aucun indice de loisirs intellectuels, à part de brèves allusions à la lecture, non : l’Officiel de la mode, et cela semble important pour tous les deux. C’est incroyable. Me revient en mémoire la brève remarque de ma mère sur sa frivolité à l’époque de son mariage. Pour la jeune femme libérée de la tutelle maternelle, être à Paris et s’habiller bien, cela devait être important ; déjà dans ses journaux d’adolescente, elle se montre coquette. Quant à mon père, il attachait et attache toujours beaucoup de prix à l’apparence. Adolescent mince, il avait grossi rapidement, quelques années après le mariage. Lors de ses tentatives récurrentes de maigrir par la suite, je me souviens qu’une de ses motivations était de pouvoir s’habiller élégamment. Mes deux parents m’apparaissent tellement étrangers, d’où vient que je suis si différente ?
