N’avoir personne à qui dire que demain, en revenant de Reims, je m’arrêterai chez Claudine, dans l’Yonne, Claudine mon professeur de chant occasionnel, qui était venue à Grenoble pour le concert de mon ensemble vocal en 2017 et qui avait logé chez ma mère, elles avaient sympathisé. Entendre un enfant dans la rue dire « Regarde, maman ». Offrir un hérisson en plastique à notre chienne Gaïa et que personne ne sourie à la pensée des trois hérissons que nous avions acheté un Noël pour nos chiens et un troisième du voisinage. Ne pas envoyer de SMS ce soir en arrivant à Reims pour la rassurer, comme je le faisais depuis 14 ans. Ne pas savoir si la tombe de Martine Rey, à une tombe de la sienne, a quelque chose à voir avec les Rey de notre rue, et ne pas savoir à qui le demander. Avoir pris une photo de notre chatte Mouillette où elle semble avoir de longues pattes arrière, elle qui a en réalité des pattes courtes, et ne pas savoir qui cela amuserait. Cueillir de la menthe au jardin et ne plus savoir si elle aimait la menthe, ou si c’est l’idée qui lui avait plu, le jour où dans un restaurant champêtre la serveuse nous avait proposé d’en cueillir pour nous au jardin. Apprendre par une voisine que le chat errant que nous avions baptisé informellement Poilu et qui venait manger des croquettes sur notre fenêtre, est mort, et être la seule personne sur terre à en être affectée. Et puis il y a le jardin, son jardin. Nous étions toutes les deux émerveillées des petits événements qui survenait au fil des saisons. Lorsque je n’étais pas là, elle m’en donnait des nouvelles, et inversement quand c’est moi qui étais sur place. Les pivoines qui se sont ouvertes juste après son départ, j’aurais voulu lui en envoyer la photo. La première fleur de courge, les hydrangeas blancs, particulièrement beaux cette année en raison du mauvais temps, les premières prunes qui tombent, la première courge qui se forme, les premières mûres qui noircissent, je ne sais pas avec qui les partager. Quand il y avait encore un bassin, chaque printemps, maman ne manquait jamais de m’annoncer l’arrivée de la première grenouille.