Je reste hantée par les dernières semaines, ce combat perdu d’avance. Cette succession de défaites, et comme elle en a souffert, chaque fois, même si elle faisait tout son possible pour réussir à les accepter. Hantée par son exclamation « Qu’est-ce que je deviens ? » alors qu’elle se voyait diminuer. J’ai vécu quelque chose d’insoutenable, je le revis sans cesse comme un traumatisé de guerre. Oui, cette chose tout à fait naturelle qu’est le chemin vers la mort est pourtant inconcevable et insoutenable. Aujourd’hui, je suis tombée sur les messages qu’elle avait laissés sur mon téléphone, les plus récents sont de février. Une mauvaise manipulation le 14 – son énervement parce que le téléphone ne lui obéit pas, puis toute sa colère qui s’évanouit dans un « Tiens, c’est Aude que j’ai appelée ». Et le 8, à sa sortie d’hôpital, elle me dit que je peux venir la chercher, mais pas trop tôt parce qu’elle a besoin d’aide pour ranger ses affaires, elle attend l’infirmière. J’entends sa voix familière et irréelle, j’entends aussi sa souffrance. J’aimerais pouvoir penser à autre chose qu’à la souffrance.