Hier, je suis allée voir la voisine de droite. Nous n’avons pas beaucoup de contact avec elle, mais elle était venue rendre visite à maman dans les dernières semaines. Maman avait découvert alors quelqu’un de très différent de ce que nous en percevions, une personne vive, empathique et pourtant enjouée, et c’est aussi l’impression que j’ai eue hier. Aujourd’hui, j’ai rencontré Rose, que je connais très peu (c’est surtout la maîtresse de Pepsi, un chien du voisinage, qui ne s’entend pas du tout avec notre chienne). Je lui ai appris la mort de maman, nous avons un peu discuté, facilement, avec plaisir. Elle possède une capacité de communication naturelle, et elle est infirmière, ce qui lui permet de comprendre la situation que nous avons vécue. Demain, je me propose d’aller voir Nicole W., pour lui montrer, dans les dernières notes de maman, le passage qui parle de sa visite. J’ai l’impression de prendre d’une certaine façon la suite de maman, de ne m’en sortir pas trop mal dans ces relations et même d’y trouver un certain plaisir. J’en suis fière, moi pour qui ce rôle est tellement inhabituel. Une impression de possible, à peine entrevu, quelque chose qui pourrait s’ouvrir. Et aussi, et surtout, l’impression de deviner ce que cela pourrait être de vivre sans maman, et d’y trouver un sens : avancer avec ce qui reste d’elle, à sa suite et pourtant à ma façon. Je ne trouve pas les mots, mais j’ai l’image d’une route sur laquelle j’avancerais ; maman ne fait pas cette partie du chemin, mais elle a marché juste avant. Un passage de relai, sans programme.
