Quand j’ai trouvé cette photo, il y a quelques semaines, j’étais devant un objet irréel : son écriture associée à cette phrase ! Impensable. Elle en parlait si peu, de cette période. Elle avait évoqué une seule fois devant moi le décalage qu’elle avait ressenti en arrivant en France (pour les vacances en Haute-Savoie ? Ou bien plutôt lorsqu’elle est venue faire ses études en métropole – Aix en Provence, Lyon puis Paris ?) : son incompréhension lorsqu’on les accusait, ces pieds-noirs attachés à leur Algérie, d’avoir une position d’extrême-droite. Après avoir lu ce qu’elle raconte de sa vie à Constantine, je comprends mieux. L’Algérie française, pour cette jeune fille de 15 à 18 ans, ce n’est pas une position politique. C’est simplement une évidence : son quotidien, et son pays natal. Je l’ai interrogée une fois sur le référendum de 1961, par hasard, il y a trois ans, et elle a répondu qu’elle était trop jeune pour être concernée. A 15 ans, elle n’avait sans doute pas les moyens d’en comprendre les enjeux. Elle en parle pourtant, dans son journal, fustigeant les abstentionnistes, évoquant des « truquages et mensonges ». A 74 ans, avait-elle renié ses sentiments d’alors ? Les avait-elle simplement oubliés ? Elle n’a jamais voulu retourner en Algérie, malgré nos propositions et les sollicitations de son frère.
