J’ai trouvé encore deux journaux de maman, les plus anciens, dans un carton qui contenait aussi des lettres des années 60, et une tresse de cheveux (la sienne, la mienne ?). Ils vont de janvier 1959 à 1963. Qu’elle est lointaine, cette petite fille qui vivait en Algérie il y a une bonne soixantaine d’années, et dont l’écriture ne ressemble même pas à celle de ma mère ! Loin dans le temps et l’espace, mais surtout, comme elle m’est étrangère ! La grande affaire, tout au long de ces années, ce sont les garçons. Je guette les passages qui parlent d’autre chose, il y en a très peu. Je lui en veux un peu d’être une adolescente aussi caricaturale, qui ne pense qu’à rejoindre sa bande de copains, à attendre ses séjours en Angleterre où elle a la liberté de se coucher tard et de voir qui elle veut ; une adolescente qui « flirte » et attend l’amour, qui ne se trouve pas jolie, qui se maquille en cachette de sa mère… Qu’a-t-elle compris de moi, qui au même âge était exactement le contraire de tout cela ? Je l’ai entendue dire, il n’y a pas très longtemps, qu’elle ne pensait pas avoir été frivole, sauf peut-être à la période de son mariage. Moi, je la trouve très frivole durant toute sa jeunesse. J’aimerais tant trouver dans son journal des réflexions sur la vie et ses grandes questions, sur ce qu’elle aime apprendre, ce qui la passionne, sur ses amitiés, sur ses relations aux animaux. J’y trouve tout de même quelques traces de ce qu’elle sera : déjà cet amour de la vie et de la beauté, son besoin de relations, son goût pour la littérature.