Relire les lettres qu’elle m’a écrites. Cela induit de la mélancolie, évidemment : tout un monde qui apparaît au fil des années, et qui ne reviendra pas. Les animaux que nous avions à cette époque, les gens dont il est question ; maman à cette époque-là, moi à cet âge-là. Et ce que nous partagions : maman parle toujours des chats, des chiens, du jardin, du temps ; et de musique, de spectacles, de lectures, de projets. Mais à côté de la mélancolie, et il y a aussi une déception, celle de ne pas trouver ce que je cherche. Je ne saurais pas dire quoi : une révélation, une chose que j’aurais oubliée et que je serais tellement contente de retrouver. Il y a bien quelques surprises : maman a fait le Roc d’Enfer (alors qu’elle était sujette au vertige !) avec Simone Bornard (dont je ne savais même pas qu’elle était venue dans notre maison en Haute-Savoie). Ou encore : c’est moi qui ai fait découvrir Turandot à maman ! Turandot que par la suite nous avons vu ensemble à Vérone, et dont elle a tellement aimé l’air de Liù qu’elle l’a mentionné parmi ses morceaux préférés en prévision de son enterrement. Et nous l’avons effectivement retenu, dans la version que nous avions à l’époque, celle Barbara Hendricks : un fil ténu qui relie le passé lointain au passé tellement récent. Je suis contente de savoir cela, mais j’attendais mieux, plus. Je ne sais pas quoi.
